"Harry Potter et l'Enfant Maudit" : notre critique du script (SPOILERS)

Le script "Version Répétitions" est sorti le 31 juillet dernier en anglais
Le script "Version Répétitions" est sorti le 31 juillet dernier en anglais

Le script de la pièce "Harry Potter et l'Enfant Maudit" est sorti le 31 juillet dernier. Après avoir lu ce script dans sa version "Répétitions", notre rédacteur en chef vous livre ses premières impressions

 

Ne pas lire cet article si vous ne souhaitez pas être spoilé et attendre la sortie française le 14 octobre.


Attention, la suite de cet article contient des éléments clés de l'intrigue de "Harry Potter et l'Enfant Maudit" !


Avis général

Drago Malefoy, Ron Weasley, Hermione Grnager, Harry Potter et Ginny Weasley
Drago Malefoy, Ron Weasley, Hermione Grnager, Harry Potter et Ginny Weasley

J'ai globalement adoré lire les nouvelles aventures de Harry et surtout de son fils Albus. Alors, bien sûr, le script n'est pas écrit par JK Rowling mais par Jack Thorne, qui est dramaturge contrairement à la romancière. Mais l’auteur de la saga a participé à l’écriture de ce script en dressant ses lignes directrices.

 

J’ai apprécié la grande richesse des dialogues. De nombreuses phrases du script vont assurément devenir cultes pour de nombreux fans et pourront remplir notre Pensine dans les prochains mois…

 

La pièce est également émaillée de nombreux coups de théâtre qui rendent sa lecture passionnante et hypnotisante. On est parfois à bout de souffle devant les revirements de situation nombreux.

 

Jack Thorne a également su alterner avec brio des scènes d’actions, de duel, de magie dont on a du mal à imaginer leur mise en scène et des scènes de dialogues intenses entre les personnages qui nous font comprendre toute la complexité de leur personnalité.

 

On peut être déstabilisé par le rythme. Ainsi, les trois premières années d’Albus à Poudlard se déroulent en quatre scènes seulement. Nous qui étions habitués à un tome par année.

 

Quant au niveau de langue, il est globalement accessible même pour des anglophones débutants. J’ai trouvé la lecture de cette pièce plus abordable que celle des tomes de la saga « Harry Potter » en anglais : les dialogues théâtraux étant, je pense, plus facile à comprendre que les descriptions romanesques. Je vous encourage donc à le lire même si votre niveau est faible. Cela peut constituer de plus un bon exercice pour progresser dans la langue de Shakespeare.

Une nouvelle génération de personnages

Scorpius Malefoy et Albus Potter
Scorpius Malefoy et Albus Potter

Jack Thorne a introduit la nouvelle génération des enfants des héros de notre saga. La pièce démarre sur la scène de l’épilogue des « Reliques de la Mort » avec les mêmes dialogues que dans le roman. On retrouve donc Albus, Rose et Scorpius pour leur premier départ vers Poudlard. Albus s’intéresse à Scorpius, le fils de Drago Malefoy, dès leur montée dans le train, alors que Rose Granger-Weasley se méfie du jeune homme.

 

Une amitié va naître entre Albus et Scorpius d’autant plus qu’Albus va être envoyé dans la maison Serpentard. La pièce va surtout s’intéresser aux relations entre les deux personnages. Rose apparaîtra peu ensuite. Lily et James, la sœur et le frère d’Albus, aussi. Quant à Hugo, le petit frère de Rose, il n’apparaît pas dans la pièce qui n’en fait même pas mention. Je trouve cela dommage : ces personnages auraient été sans doute très intéressants à développer.

 

Mais la relation complexe entre les deux Serpentard est tellement bien développée. Une amitié inattendue puisque leurs pères étaient les pires ennemis lors de leur scolarité. Cette amitié est puissante. Elle est dans la longue lignée de la saga « Harry Potter », puisque l’amitié en est l’un des thèmes incontournables.

 

On se met même parfois à imaginer au fil de la lecture qu’il y a peut-être plus que de l’amitié entre les deux jeunes hommes. Mais le pas n’est pas franchi par les auteurs et Scorpius semble préférer Rose Granger-Weasley qui ne partage pas les mêmes sentiments que le jeune Malefoy. On peut regretter que JK Rowling et Jack Thorne n’aient pas saisi l’occasion de créer le premier couple homosexuel de l’univers magique. Même si JK Rowling avait révélé l’homosexualité de Dumbledore, cette information n’avait été donnée qu’après la parution des livres. Et cette donnée n’avait donc pas été pleinement exploitée dans le roman.

 

Mais peut-être que c’est mieux ainsi… D’autant plus que les auteurs ne figent pas le destin d’Albus et de Scorpius après la pièce.

Une nouvelle problématique : la relation Parent/enfant

Harry Potter et son fils Albus
Harry Potter et son fils Albus

Pour la première fois dans l’univers magique, les auteurs traitent le thème des relations parents/enfant. Cela semble entrer en concordance avec l’évolution du public de l’univers magique qui a désormais atteint la trentaine voire plus, et qui est soumis à d’autres problématiques comme l’éducation de leurs enfants.

 

Albus et Harry ne parviennent pas à se comprendre dans la pièce. L’un des points culminants de la pièce est la scène VII de l’acte I lorsqu’Albus déclare à Harry qu'il regrette de l’avoir comme père et Harry déclare la même chose à son fils. Un lien est à ce moment-là brisé et tout l’intérêt de la suite de la pièce réside dans la possibilité d’un rétablissement de ce lien.

 

J’ai trouvé très intéressant le développement de leur relation. Tout le poids des actes passés d’Harry sont descendus sur les épaules d’Albus. Le jeune homme est tiraillé entre le désir de s’éloigner de son père, de cette filiation qu’il n’a pas choisie et le désir de réussir ce que Harry a échoué dans son combat contre Voldemort, à empêcher la mort de Cedric Diggory par exemple.

 

Ce que j’ai apprécié également dans cette pièce, c’est que l’image héroïque d’Harry est maltraitée. Sa décision d’empêcher Albus de voir Scorpius ne ressemble pas à l’Harry que nous connaissons. Harry affiche la figure froide du père de famille. Elle cache sa réelle inquiétude pour son enfant. Ce qui est plus dérangeant, c’est l’effort qu’Harry entreprend pour surveiller son fils, pour qu’il ne voit pas Scorpius. Il demande par exemple à McGonagall de surveiller Albus grâce à la Carte du Maraudeur.

 

Mais cette image est rétablie lorsqu’Harry décide de ne pas tuer Delphi lors du dénouement. On est rassuré de voir qu’Harry n’a pas oublié l’héritage laissé par Dumbledore.

Le développement des autres personnages

Ron et Hermione Weasley
Ron et Hermione Weasley

Le personnage de Scorpius est très drôle et très touchant. Lui aussi doit faire face au lourd passé de son père. Il est intéressant de voir qu’il préfère un monde où il est le souffre douleur de ces camarades et où une rumeur dit de lui qu’il est le fils de Voldemort plutôt qu’un monde où Voldemort serait au pouvoir, où il est le fils du Mangemort, Drago, et ainsi admiré par ses camarades mais où Albus ne serait pas présent.

 

Ginny prend de l’ampleur dans cette pièce. Elle n’est plus simplement la femme d’Harry, mais tient un rôle maternel important dans l’éducation d’Albus. Mais elle n’est pas simplement une deuxième Molly, c’est une femme indépendante, joueuse de Quidditch retraitée et journaliste à La Gazette du Sorcier.

 

A l’inverse, le personnage de Ron Weasley est à mes yeux totalement inexploité. Il est la caution drôle de la pièce, alors que ce personnage avait bien plus de profondeur dans les livres. Assez déçu de ne pas le voir plus présent dans la pièce.

 

Hermione a quant à elle accédé au poste de Ministre de la Magie. Elle était auparavant Directrice du Département de la Justice Magique. C’est tout un symbole pour une femme née-moldu. 

Le Rapport au temps

Le temps est un thème essentiel de la pièce. Albus et Scorpius sous l’impulsion de Delphi vont remonter le temps pour tenter de sauver la vie de Cédric Diggory tué dans le quatrième tome. Ils vont ainsi changer le déroulement des tâches du tournoi des trois sorciers mais cela va avoir de grave conséquences sur le devenir du monde magique.

 

J’ai trouvé très intelligent la manière avec laquelle les auteurs ont montré que des changements qui peuvent paraître minimes dans le passé ont une importance énorme dans le déroulement des événements futurs, faisant du voyage dans le temps une expérience très dangereuse.

Un séquel qui plonge dans le fan service

On peut regretter le fait que la pièce ne fait finalement qu’un retour dans les aventures d’Harry Potter à travers les tomes. On aurait attendu que l’histoire se détache du personnage de Harry et de l’intrigue des tomes, qu’elle s’intéresse plus profondément à cette nouvelle génération. On peut même accuser Jack Thorne de plonger vers le fan service. L'auteur étant fan de la saga, cette pièce est plus un mille-feuille de références aux sept tomes de la saga qu’une nouvelle histoire à part entière.

 

Les différents retours dans le temps nous plongent dans des univers parallèles où Ron et Hermione ne sont plus ensembles, où Voldemort a vaincu Harry après la bataille de Poudlard, et où Rogue a survécu. Cette dernière « résurrection » apparaît à mes yeux comme un cadeau fait aux fans qui peuvent ainsi retrouver un des personnages les plus appréciés de la saga.

 

On a parfois peur que ces retournements de situation détruisent l’intrigue des quatre derniers tomes et la résolution de la saga de JK Rowling. Cependant, on comprend aussi que ces coups de théâtre sont tout à fait adaptés à l’écriture théâtrale et permettent d’accrocher le spectateur à son siège.

 

Autres éléments qui laissent penser que « L’Enfant Maudit » veut faire du fan service : certaines citations de la saga sont reprises telles quelles par les personnages, faisant de la pièce un hommage à l’univers de JK Rowling plutôt qu’une nouvelle histoire.

 

On peut citer le moment où Scorpius cite Severus Rogue avec son culte « Always », alors qu’Albus lui demande s’ils sont toujours amis. Cette référence ne m’a pas réellement dérangé. Elle m’a plutôt ému. Mais cet exemple montre une fois de plus que les auteurs ont eu du mal à se détacher de la saga d’origine.

 

De même, l’histoire ne peut se passer de Voldemort. Comme si le mal ne pouvait pas revenir sous les traits d’un autre personnage dans l’univers magique.

Des incohérences et des résolutions capilotractées...

De nombreuses incohérences par rapport aux tomes de la saga peuplent le script de la pièce. Tout d’abord, à propos du Retourneur de Temps. Dans le tome 3, celui-ci permet de revenir quelques heures en arrière. Dans la pièce, Albus et Scorpius reviennent près de 30 ans en arrière. Son usage semble très loin de celui que JK Rowling avait édicté dans un contenu inédit sur le site Pottermore. Elle précise en effet que les voyages dans le temps ne peuvent excéder 5 heures, sous peine que de graves dégâts physiques pour les voyageurs.

 

L’auteur avait fait disparaître le stock de Retourneur de temps du Ministère de la Magie dans le tome 5 après la bataille du Département des Mystères, ce qui a empêché les protagonistes de la saga de remonter le temps par la suite, ce qui aurait permis par exemple de sauver Dumbledore, Dobby…

 

Et dans la pièce, cette réapparition d’un Retourneur de Temps bien plus puissant est selon moi tirée par les cheveux, tout comme par exemple la facilité avec laquelle Albus, Scorpius et Delphi s’en emparent. Comment peut-on imaginer que des élèves en quatrième année à Poudlard puissent voler un objet aussi dangereux à l’intérieur même du Ministère de la Magie, alors que la Ministre n’est autre qu’Hermione Granger, qui connaît parfaitement les dangers du voyage dans le temps. En général, la résolution des différents nœuds de l’intrigue semble à chaque fois rapide et facile.

 

Autre élément difficile à imaginer : la facilité avec laquelle Cédric Diggory devient un Mangemort. Lui qui a un esprit si noble dans la saga. On a du mal à croire que le Poufsouffle puisse tomber si facilement dans le camp du mal surtout après une simple humiliation durant la seconde tâche.

 

Pour moi, le point le plus dérangeant de cette pièce est l’existence de l’enfant de Voldemort, Delphi. C’est elle « l’Enfant Maudit » que Voldemort a eu avec Bellatrix Lestrange et qui tente de faire revenir son père au pouvoir en manipulant Albus et Scorpius. On a du mal à imaginer le Seigneur des Ténèbres concevoir un enfant, d’autant plus qu’il l’aurait eu avec Bellatrix Lestrange. Cela ne semble avoir aucun sens. Comment Voldemort, personnage solitaire, pouvait-il concevoir de laisser quelqu’un d’autre que lui hériter de son pouvoir, lui qui souhaitait être immortel ? Pour moi, l’acte sexuel dégoûte Voldemort. Cela ne correspond à son idéal de pouvoir et d’immortalité. Il ne pourrait pas accepter qu’un autre être que lui possède ses pouvoirs.

 

Les auteurs semblent avoir plié ici à un fantasme de fan. La question de ce personnage de Delphi est vraiment l’élément qui m’a le plus déçu dans cette pièce.


Ceci n’est qu’un avis général sur le script de la pièce. N’oubliez pas que la pièce est faite pour être jouée sur scène. Nous n’avons pas encore assisté à la pièce et cette critique ne concerne donc que le script. 

 

N'hésitez pas à nous faire part de votre opinion sur le script dans les commentaires...


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Commentaires : 7
  • #1

    Infinity (mercredi, 14 septembre 2016 21:06)

    Très bonne critique ! Bien que ne sois pas en accord avec tout ^^
    Comme pour le fait que Delphi serait the cursed child ^^ J'ai des doutes ^^
    Pareil pour la possible homosexualité des héros , je trouve qu'il n'y a pas grand chose pour nous le laisser penser ^^
    Ma critique trèèèès amateure :http://www.senscritique.com/livre/Harry_Potter_et_l_Enfant_Maudit/critique/101359498

  • #2

    Infinity (mercredi, 14 septembre 2016 21:07)

    Ah et ENTIEREMENT d'accord sur les incohérences , j'ai exactement le même discours ^^

  • #3

    UNDISCOVER (vendredi, 16 septembre 2016 19:01)

    Salut !
    Je suis tombée sur ton site via une vidéo YouTube. Je trouve ton site très bien construit. Continue comme ça !

  • #4

    Sarah (dimanche, 16 octobre 2016 05:35)

    On peut REGRETTER que JK Rowling et Jack Thorne n’aient pas saisi l’occasion de créer le premier couple homosexuel de l’univers magique".
    Non mais vous êtes sérieux ?? Qu'est-ce que cela aurait apporté au scénario ?
    Autant que de savoir si Hermione est dominatrice ou aime la sodomie.
    On reproche au héros d'être hétérosexuel maintenant... Mais on s'en fout !

  • #5

    Mélanie (lundi, 17 octobre 2016 17:08)

    merci pour cette critique.
    Pour moi le plus incohérent est la venue au monde de cette delphi. Elle serait venue au monde avant la bataille finale, cela veut dire que bellatrix lestrange était enceinte de 8 mois quand elle a torturé hermione ... Ca se voit quand même ? Ca aurait sauté aux yeux du trio ce jour là ...

  • #6

    Sapiens (lundi, 14 novembre 2016 13:49)

    Hello !

    Très bon article et avec les images de la pièce cela permet de se projeter un peu plus sur scène. Mais vraiment je n'arrive pas à comprendre le choix de la forme. Pour moi une pièce de théâtre, c'est vraiment le choix le plus compliqué pour se projeter dans l'univers d'HP. On a trop besoin de l'imaginaire pour vivre pleinement l'aventure des sorciers.
    Outre cela je suis entièrement d'accord avec le commentaire de Mélanie ci dessus ! La venue au monde de Delphi est la plus grosse incohérence du bouquin.

    J'ai également rédigé une critique sur mon site http://onatestepourtoi.com/culture/jeux-videos/avis-lecture-harry-potter-enfant-maudit si l'envie vous prend de confronter les idées ;-)

  • #7

    Safiya (vendredi, 18 novembre 2016 21:54)

    Bien qu'il y est quelques incohérencesle texte reste dans l'esprit du jeune sorcier bien que ATTENTION GROS SPOILER: je trouve que le fait que voldemort ait une fille avec bellatrix rend l'histoire un peu tirée par les cheveux